HISTOIRE ABRÉGÉE
DE LA TURQUIE

 

Depuis les origines à l’avènement de la République

 

YILMAZ ÖZTUNA

 

DIRECTION GENERALE DE LA PRESSE ET DE L’INFORMATION

MEHMED II, le Conquérant
La prise de Constantinople

 
Lors de son second avènement, Mehmed II n’avait que 19 ans. Mais la conquête de Byzance hantait déjà ses rêves. L’Empire dont il avait hérité était redevenu presque aussi puissant qu’avant la funeste année 1402 qui avait vu la défaite de Bajazet Ier par Tamerlan.

En 1452, de mars à juillet, Mehmed II fit ériger sur la rive européenne du Bosphore, à l’endroit le plus étroit, l’imposant château-fort appelé “Rumeli Hisar”. En face, sur la rive d’Asie s’élevait le château d’ “Anadolu Hisar” que son aïeul Bajazet Ier avait fait construire. Il établissait ainsi son contrôle sur le passage du Détroit d’Istanbul qu’aucun navire ne pourrait plus franchir sans sa permission. Il fit fondre et installer dans les forteresses d’énormes canons d’un calibre jusque-là inusité et dont les plans étaient dûs aux études de balistique et recherches personnelles du jeune souverain, à qui l’artillerie doit le premier emploi du mortier.

Le 23 mars 1453, Mehmed II quitta Edirne avec son armée dotée de canons géants et arriva devant Byzance le 5 avril. Le 18, Süleyman Bey s’empara des Iles des Princes. Le 22 avril, la flotte légère turque avait pénétré dans la Corne d’Or grâce à un stratagème très ingénieux du Sultan ottoman qui y fit parvenir ses bâtiments par voie de terre en les faisant pousser et haler sur un plancher de grosses poutres bien graissées, posé par-dessus les collines.

Cet événement imprévisible jeta les Byzantins dans le plus grand désarroi. Le prince byzantin Dukas qui en fut témoin dit: “qui a jamais vu, qui a jamais ouï telle merveille? Mais Mehmed II, l’Alexandre de Macédoine de notre temps, a transformé terre en mer et a fait passer ses navires non sur les ondes, mais sur les monts”.

Malgré la défense héroïque de son dernier empereur Constantin XI, Byzance tombait le 29 Mai 1453 au matin. Ce jour est passé à l’histoire comme la date qui marque la fin du Moyen Age et le début des temps modernes.

Ce fut aussi la date la plus importante de l’histoire des Turcs car elle leur ouvrit la voie vers la fondation d’un empire universel qui allait changer la face du monde.

Mehmed II, surnommé depuis le Conquérant, n’avait que 21 ans lorsqu’il ajouta aux nombreuses couronnes qu’il portait déjà, ce magnifique fleuron, le diamant de l’Empire Romain d’Orient.

Le Conquérant réunissait en sa personne toutes les qualités d’un très grand souverain digne d’inaugurer les Temps Modernes. Il est considéré à juste titre comme la plus grande figure de l’histoire turque, comme son plus grand capitaine et son plus grand homme d’Etat.

C’était un véritable prince de la Renaissance et le plus savants des empereurs ottomans. Il connaissait non seulement l’arabe et le persan, comme tous les sultans, mais aussi le serbe, l’hébreu, le grec et le latin. Excellent mathématicien, ce qui lui parmit d’innover en matière de balistique, il était également versé dans les lettres, la philosophie et la théologie. Bon poète lui-même, il fut le protecteur éclairé des artistes et des savants.

D’innombrables livres et poèmes en provenance de divers pays lui furent dédiés et leurs auteurs magnifiquement récompensés. Gentile Bellini, invité par le Sultan à Istanbul, a laissé de lui le célèbre portrait qu’il lui avait commandé.

Mehmed II a encore mérité l’honneur d’inaugurer les Temps Modernes par la haute idée qu’il avait de la tolérance.

L’Eglise orthodoxe en pleine décadence et attaquée par les catholiques dut son salut à sa bienveillance. D’allieurs les Chrétiens et les Juifs étant monothéistes comme les Musulmans, ceux-ci les considéraient comme des “peuples ayant reçu la Révélation, possesseurs des Saintes Ecritures.” Distingués à ce titre des païens, ils ne devaient être l’objet d’aucune contrainte en matière de foi. Le Conquérant respecta ce principe avec une rare générosité.

Il serait difficile de citer beaucoup d’autres princes aussi bien formés à cette époque. Mehmed II, avait reçu une instruction très solide et les plus grands savants de son temps notamment des savants byzantins et italiens, furent parmi ses maîtres. Ce souverain éclairé créa au Palais de Topkapý, une Académie du Palais “Enderûn-i Hümâyûn”, où des jeunes gens choisis parmi les élèves les plus intelligents et les plus doués des collèges impériaux d’enseignement secondaire venaient parachever leur éducation en vue d’accéder aux plus hautes charges de l’Etat. A côté d’études poussées, ils devaient y apprendre le maniement des armes, la pratique des sports, le protocole et les usages de la Cour. Ceci bien avant le “Corteggiano” de Baldassare Castiglione. Le Sultan était le premier officier de la plus haute “Chambre”- la septième, appelée “Chambre privée” (Has Oda). Cette Académie du Palais continua à fonctionner jusqu’en 1839.

Mehmed II attacha également beaucoup d’importance à l’économie et aux travaux publics. Dans les trente années de son second règne, il fit construire 308 mosquées. La mosquée n’était pas alors un bâtiment isolée conscacré uniquement au culte, mais le centre d’un ensemble (Külliye) où étaient groupés tous les services sociaux, services dispensés, bibliothèque, asile, dispensaire, réfectoire, bains publics, etc.

L’origine de l’actuelle Université d’Istanbul remonte aux huit Facultés qui faisaient partie de l’ensemble entourant la mosqués de Fâtih (qui signifie le Conquérant en turc). Un hôpital de 70 lits rattaché à la Faculté de Médicine permettait la pratique de cette science.

Les premiers monuments que Mehmed II fit construire à la mémoire d’un saint héros musulman (en turc Eyüb Sultan), tué durant le siège par les Arabes de Byzance au VIIème siècle, et érigés sur les lieux mêmes où il tomba.

C’est dans cette mosquée que les Sultans ottomans allaient lors de leur avènement, “ceindre l’épée”, cérémonie qui correspondait au sacre.

Mehmed II avait guerroyé seul, sans alliés contre plus de 25 états qui furent effacés de la carte politique à la suite de ses victoires faisant ainsi la preuve de son génie politique et militaire. II avait fit de l’Egée et de la Mer Noire des mers intérieures et instauré le régime des Détroits. Renouvelant chaque année l’équipement et le matériel de son armée selon les progrès de l’art militaire, il éleva la flotte de moyenne puissance navale du monde, dépressant même Venise jusqu’à lors reine incontestée des eaux. II fut le véritable fondateur de l’Empire turc qui devait atteindre un siècle après sa mort, une superficie de 20 millions de km2. Le Code (Kanunname) qu’il fit rédiger donnait à l’émpire une organisation et des institutions dont beaucoup devaient durer pendant des siècles, jusqu’à l’époque de Mahmoud II.

Les faiences du Mausolée Vert (Yeþil Türbe) de Mehmed Ier (1413 - 1421)